Avec la crise de 1873-1893, la France choisit de défendre son agriculture :

Napoléon III, suivant les doctrines saint-simoniennes, avait établit le libre-échange et ouvert les fontières françaises. La crise 1873-93 fut la première crise de mondialisation . Les techniques récentes (bateaux à vapeur et en acier, entrepôts frigorifiques, machinisme, développement du capital, ...) permirent à des nations nouvelles (USA, Argentine, Australie, ...) d'inonder l'Europe de produits à bon marché.

Méline fit voter en 1892 des lois établissant de forts droits de douane sur les produits agricoles, protection qui a duré, sous des formes diverses, jusqu'à nos jours. Le principal économiste de l'époque, Leroy-Beaulieu, lui reprocha, à la Chambre, d'augmenter de près de 4 milliards de francs-or (soit environ 80 milliards d'euros) le coût des denrées alimentaires, ce qui allait peser lourdement sur les ménages urbains les plus pauvres. Méline accepta cette évaluation mais, reprenant les arguments des Physiocrates du siècle précédent, il défendit ses lois en affirmant que l'agriculture était la source principale des richesses d'une nation.

Jules Méline, plusieurs fois ministre de l'A1griculture et président du Conseil, a été l'un des chefs du centre-droit et l'un des principaux politiciens de la III° République, dans les dernières années du XIX° siècle. Passionnément agrarien, il recommanda le Retour à la Terre. Les progrès scientifiques et techniques assuraient à l'industrie une productivité excessive : un nombre décroissant d'ouvriers, grâce aux machines, produisait une quantité croissante de produits ; la surproduction était inévitable. Au contraire, la productivité de l'agriculture était et resterait médiocre  : il faudrait toujours beaucoup de bras pour produire peu de denrées. Il fallait donc, pour éviter en France la surproduction, ramener dans les campagnes une grande partie des travailleurs urbains : « les beaux jours de l'industrie sont aussi passés et on ne les reverra plus. Le bénéfice industriel baisse de jour en jour » ( p 202). A vrai dire, les économies européennes recommencèrent à croître après 1893.

En outre, la diminution de la population urbaine affaiblirait les mouvements révolutionnaires fréquents dans les grandes villes : « leurs efforts [viendraient] se briser contre ce mur de granit de la démocratie des campagnes affamées d'ordre encore plus que de liberté. » (p 293) et favoriserait la défense nationale : « Le retour à la terre se lie ainsi plus étroitement que jamais à la conservation de notre puissance militaire, et il est aujourd'hui comme le pivot de la défense nationale. » (p 223)

Méline J ( 1905) Le Retour à la Terre et la surproduction industrielle, 3° édition, Hachette, Paris.